Zehetmair, Zinman, Zarathoustra

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- Paris, Théâtre des Champs-Elysées, le 3 février 2011
- Mozart, Rondo pour violon et orchestre n°1 en si bémol majeur, KV. 269 - Concerto pour violon n°5 en la majeur, KV. 219 - Strauss, Also Sprach Zarathustra, op. 30
- Thomas Zehetmair, violon
- Orchestre National de France
- David Zinman, direction


    Ce concert a donné un peu moins que ce que l'on pouvait attendre de lui, sans pour autant décevoir plus que de raison. Non que j'en avais espéré la soirée de l'année ni même du mois, mais tout de même, Thomas Zehetmair dans le grand concerto de Mozart, ce n'est pas rien. Quant à David Zinman, après sa belle prestation à la tête de l'Orchestre de Paris en novembre dernier, il y avait de quoi s'attendre à ce qu'il fasse jouer Zarathustra au National mieux que... l'Orchestre de Paris avec Nelsons, ce qui n'était pas très difficile. Ce fut le cas, malgré une entame manquant de tension et de lisibilité, défauts en grande partie corrigés à partir de Von der Wissenschaft et surtout à partir d'une fugue très bien conduite à son terme. La tension est maintenue ensuite grâce à la solidité générale du quintette, Zinman parvenant par ailleurs, comme avec l'OP, à faire jouer l'harmonie avec un peu plus de tenue qu'à son habitude - sans que ce ne soit transcendant, loin s'en fait. Les problèmes d'aisance, d'intuition des phrases refont surface après la grande transition chromatique, de 30 à 37 à peu près, (pas très elastische) où les violons manquant trop de cohésion rythmique et de respiration commune - Nemtanu semblant ici moins conductrice que dans sa brillante Heldenleben sous la direction de Nelsons (décidément) il y a deux ans. L'orchestre retrouve un peu de discipline à partir du retour du thème pivot (48) pour amener relativement dignement la conclusion. Tout cela aurait pu être, sur le strict plan de la virtuosité orchestrale qui est tout de même l'enjeu central de cette œuvre (pour qui n'est pas persuadé qu'il s'agit d'une des plus grandes expériences métaphysiques, et c'est un peu l'un ou l'autre), assez anecdotique. La cohérence et la grande sobriété de la direction de Zinman - qui ressemble de plus en plus à Masur dans son style de direction - l'a en partie évité.

    Auparavant, ce n'est pas le tout meilleur Zehetmair que l'on a entendu, mais un Zehetmair standard suffit pour offrir une belle leçon d'intelligence musicale. Quitte à se répéter, il est certain que son violon est loin d'être un des plus beaux du circuit, en terme de sonorité du moins : cela a paru d'aileurs plus net dans ces Mozart que dans son magnifique Double de Brahms cet automne avec Poltéra et Gardiner. La relative aigreur, la projection assez limitée ont au moins un avantage : celui de faire savoir tout de suite qu'il n'est pas ici question d'aimable charme de musique de salon. Les enjeux sont réels, dès la leçon de caractérisation du rondo en si bémol, tant dans la gestion du thème que dans la manière de s'intégrer ou de se retirer doucement des tutti - science violonistique à part entière qui, ici, rappelle curieusement la nouvelle Mullova. L'entame du 5e concerto n'est elle non plus pas faite de joliesse ni de chaleur, mais la tension est évidente - malgré ici un manque d'homogénéité gênant dans l'orchestre aux premières mesures comme à beaucoup d'autres endroits. Là où Zehetmair frustre un peu, c'est dans les occurrences du thème d'ouverture (dans les deux sens, car il ressemble à s'y méprendre à un début d'opéra imaginaire) de l'allegro aperto, qui semble en partie se refuser à un violon autre qu'immédiatement beau. Cela n'empêche pas toute la conduite de Zehetmair dans ce I d'être parfaitement équilibrée, et celle de son adagio franchement admirable de hauteur (longueur !) de vue. L'orchestre ne se mettra à peu près au niveau du soliste que pour le rondo, proposant un intermède turque tout à fait réussi, franc du collier et sans les suspensions absurdes sur les levées que l'on entendu trop souvent.

    L'un des meilleurs moments de cette honnête soirée tenue juste au-dessus de la barre de routine aura finalement été le bis de Zehetmair (qui décidément s'y entend pour proposer des rappels sortant de l'ordinaire) : une remarquable pièce de Heinz Holliger Souvenirs de Newcastle, bagatelle donnée en première française (Zehetmair, également créateur du concerto de Holliger l'avait déjà offerte en création britannique à Manchester fin janvier après le concerto de Beethoven).

Théo Bélaud
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