dimanche 23 septembre 2012

A défaut de Salonen, qui pour prendre la tête du Philhar' ? (édito & sondage)

L'appel de Jean-Pierre Le Pavec dans le Figaro n'y aura apparemment rien fait, sinon précipiter une annonce qu'on espérait inverse. Désiré comme le messie pour tirer enfin un plein profit de la trop discrète perle du paysage symphonique français (qui caracole en tête de mon sondage sur la question), Salonen ne devrait pas succéder à Myun Whun Chung  à la tête du Philhar' à la rentrée 2014-2015, je le tiens de sources internes parfaitement concordantes et isolées les unes des autres. On ne sait s'il prolongera son mandat au Philharmonia, mais il semble - les liens de sympathie qui s'étaient tissés avec l'orchestre vont dans ce sens - qu'il ait indiqué envisager son avenir sans responsabilités de direction.
Ce qui se pressentait déjà depuis quelques temps pourrait donc arriver : plutôt que de se lancer un nouveau défi ou de trouver la consécration ultime à la tête d'une super-phalange européenne, le Finlandais devrait se partager entre une activité de composition plus permanente et une carrière de chef invité de luxe. On est au moins en droit d'espérer que, dans ce cadre, Radio-France lui offre régulièrement un cadre privilégié pour user de cette liberté à venir, et notamment pour jouer ses oeuvres nouvelles avec des musiciens dont l'appétence et l'expertise pour cet exercice (en plus d'un amour largement partagé pour Salonen) ne sont plus à démontrer.

Il n'en reste pas moins qu'il faut un nouveau chef pour embellir une maison aux si remarquables fondations. Le rêve Salonen paraissant bien distant, deux profils, pouvant se mélanger, sont susceptibles de tenir la corde. Soit un chef dont l'aura n'est plus à démontrer, expérimenté, ayant connu les fastes et la facilité mêlée d'exigence du très haut niveau international et capable de transposer la dernière donnée dans un contexte moins bien doté : de telles pointures, possiblement libres dans deux ans, ne courent pas les rues, et encore moins si l'on estime qu'il vaudrait mieux faire l'impasse sur les octa, voire septuagénaires. Même si Fedoseyev, qui a donné de formidables concerts avec l'OPRF (encore la semaine passée) semble plus fringuant que jamais, il semble hautement improbable, à tort ou à raison, que quiconque en fasse le Pierre Monteux londonien des années 2010. Si un tel directeur pouvait se trouver, il assurerait un surcroît de visibilité internationale à la formation, en stabiliserait à coup assez sûr voire hausserait le niveau technique, et créerait les conditions idéales d'utilisation de l'outil par des chefs moins prestigieux mais en faisant vivre le répertoire (de ce point de vue, la direction actuelle de l'orchestre a montré qu'elle savait faire des choix judicieux et avertis, notamment via la filière finlandaise des élèves de Panula).

Mais pourquoi pas, justement, oser directement la prime à ce dernier critère ?
Soit donc un jeune loup, déjà connu ou non, dont la qualité première outre l'appétit de faire ses preuves serait l'éclectisme teinté d'un penchant et d'une compétence avérée pour la musique des XXe et XXIe siècle, dont la défense est une mission fondamentale du Philhar' dans le dispositif de Radio-France. Parmi ceux ayant dirigé l'orchestre (ce critère semble incontournable, modulo qu'il reste deux ans pour en essayer de nouveaux dans les deux catégories - Metzmacher par exemple), le choix est certainement plus ouvert, si l'on élargit la pré-sélection à de jeunes chefs à l'identité encore en construction.
Dans la  confection de la sélection qui suit, il y a eu cependant des crève-coeurs : John Storgards par exemple aurait fait figure de quasi portrait-robot du bon candidat (élève trentenaire de Panula, auteur d'un fort beau concert la saison passée, et manifestement aussi bon dans Beethoven que dans Stravinsky) : ce doit être pour cela que la BBC a eu la présence d'esprit de l'engager à la tête du Philharmonic - tant mieux pour lui et tant pis pour nous.

Voici quoiqu'il en soit une proposition valant comme telle, certainement non exclusive y compris pour son auteur d'autres possibilités (comme de chefs compositeurs : Eötvös ou Benjamin ont dirigé l'orchestre et ont vocation à le refaire) dont rien toutefois n'indique à ce jour qu'elles pourraient être envisagées. 

Les huit chefs ici suggérés ont tous dirigé une fois (souvent davantage) l'orchestre. Ils ont entre 26 et 66 ans et cinq d'entre eux ont entre 30 et 50 ans. Fait amusant et involontaire, ils représentent chacun une nationalité différente. Tous sont sous contrat(s) - sauf un me semble-t-il - et devraient l'être encore en 2014, mais tous m'ont paru susceptibles d'un cumul ou d'un transfert négociable. Tous dirigent sinon de la musique contemporaine à haute dose, du moins fréquemment la musique du XXe siècle au sens large, mais pas seulement. 

Au moins trois d'entre eux ont déjà assumé une charge similaire de haut-niveau avec succès.
Trois d'entre eux sont paraît-il déjà dans le viseur de Radio-France. 
Six d'entre eux me paraissent particulièrement désirables, et deux ou trois presque autant que l'aurait été Salonen (dont un seul recoupe les deux premières catégorie). 
Mais c'est maintenant à vous de donner votre avis. J'aurais aimé faire en sorte que celui des membres de l'orchestre compte double ou triple, mais c'est impossible. A défaut, sachant que certains fréquentent lpc, je les encourage particulièrement à voter et faire voter.


  • Lionel Bringuier
  • Mikko Franck
  • Daniel Harding
  • Pablo Heras-Casado
  • Peter Hirsch
  • Jukka-Pekka Saraste
  • Alexandre Vedernikov
  • Arvo Volmer
  • Autre
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1 commentaire:

Philippe a dit…

L'orchestre philharmonique de Radio France n'est devenu ce qu'il est aujourd'hui que parce qu'il l'a voulu au début des années 80 et qu'il a choisi Marek Janowski pour le conduire à ce niveau d'excellence qui s'est encore accru pendant le mandat de Chung. Il ne suffit pas, comme on semble encore le croire dans certains milieux, de mettre un bon chef à la tête d'un orchestre pour que le niveau de l'orchestre s'élève ... Il me semble donc que c'est aux seuls musiciens de l'orchestre de décider !

Au fait, quand reprenez-vous votre activité - remarquable - de critique indépendant ?