Débuts du Quatuor Arod (Schubert, Attahir, Mendelssohn) aux Bouffes du Nord



Schubert, Quatuor n°13 en la mineur, D.703
Attahir, Al’ Asr
Mendelssohn, Quatuor n°4 en mi mineur, op. 44 n°2
Quatuor Arod :
Jorda Victoria, 1er violon, Alexandre Vu, 2nd violon, Corentin Aparailly, alto, Samy Rachid, violoncelle.




Les Arod, nouveau phénomène international de la discipline, font honneur à celle-ci comme peu, de français surtout,  sont parvenus à un tel niveau. En un mot, ils sont excellents. Le terme est galvaudé dans toutes les matières imaginables à notre époque. Leur manière de faire du quatuor, de faire de la musique, même si elle demande une confirmation de long terme, donne un sens à cette excellence. On est déjà impatients de les réentendre en janvier à la Biennale de la Philharmonie.


Qu’est-ce qu’un quatuor excellent ? En France, c’est un quatuor qui a remporté le Concours de Bordeaux ou celui (c’est plus rare et c’est le cas des Arod) de l’ARD Munich ; c’est un quatuor résident Pro Quartet ; c’est un quatuor boursier Singer-Polignac ; c’est un quatuor mécéné par la Société Générale. Nos jeunes loups cochent toutes ces cases : plus rare, ils les cochent à ce qui n’est que leur quatrième année – troisième en formation stabilisée, ce qui est exceptionnel. Ils sont même BBC Young Generation Artists. Et on en passe. Voilà pour le contexte, qui ne nous apprend certes pas grand chose. A supposer que l’excellence soit rare, le premier critère qui vient à l’esprit est la solidité technique, tant sur le plan des qualités individuelles que de la « technique de quatuor », l’homogénéité sonore, la vitesse et la précision d’écoute entre les membres, l’équilibre harmonique, l’intonation globale bien sûr. Tout cela, les Arod l’ont, on le détaillera un peu. Mais il est évident, au vu de la profusion de jeunes et maintenant de moins jeunes formations, notamment américaines, présentant au moins en surface ces caractéristiques, que cela ne suffit pas à sortir du lot, et à donner l’espoir de côtoyer les sommets que d’illustres aînés ont parcourus. Il ne fait pas de doute qu’avec les Arod on tient l’espoir français le plus évident depuis l’émergence des Modigliani et des Ebène, puis des Diotima (ces deux derniers ont fait partie de leurs enseignants). Ce qui est encore plus rare, et fournit le motif d’une discrimination, est la faculté d’appropriation du discours dans les oeuvres les plus imposantes, et ce, au-delà de la seule personnalité d’un primarius, ou d’une unité monolithique de jeu. Ici la route devient étroite :  il s’agit qu’il y ait une voix, tantôt petite, tantôt magistrale, qui parle par-devers les quatre voix. Et qui dise quelque chose qui soit une interprétation, et non une paraphrase. 
Le Rosamunde des Arod frappe d’emblée par un tour de force : celui d’user de bout en bout d’une sophistication extrême dans la recherche polyphonique, l’accent et le phrasé, sans perdre de vue le long terme et la ligne formelle, en particulier, le sens du grand mouvement harmonique dans le premier mouvement, et celui, aigu, de la retenue. Le rouet engourdi des deux voix intermédiaires sonne rarement, en concert du moins, avec cette précision rythmique et d’intonation, et de celle-ci dépend une grande partie de la tenue expressive du mouvement. 

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