jeudi 12 mai 2011

Cum Sir Colin (ab auditione mala non timebit)

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- Paris, Théâtre des Champs-Elysées, le jeudi 5 mai 2011
- Beethoven, Concerto n°4 en sol majeur, op. 58 - Messe en ut majeur, op. 86
- Nicholas Angelich, piano
- Nathalie Manfrino, soprano
- Marie-Claude Chapuis, mezzo
- Steve Davislim, ténor
- Nicolas Courjal, basse
- Chœur de Radio France
- Orchestre National de France
- Colin Davis, direction

Le National connait un malaise, il est difficile maintenant de l'ignorer. Ni Gatti, ni Masur, ni l'invité miraculeux par excellence qu'est Colin Davis n'auront réussi cette saison, sur un concert entier à transcender une forme d'apathie et d'absence de foi généralisée dans l'orchestre. Non qu'il ne reste à l'ONF, de temps à autre ou à un pupitre ou à un autre, des sursauts d'orgueil, voire des plages de réussite continue - essentiellement avec Masur depuis un an. Mais on peine à retrouver l'optimisme que suscitait la première saison du mandat de Daniele Gatti, qui, outre des concerts "quotidiens" de meilleure qualité que maintenant, avait offert aux meilleurs baguettes invitées (Nelsons, Davis, Muti) une formation au maximum de ses dispositions. Tout cela s'est sensiblement dégradé, et il n'est pas question ici de débattre les tenants et aboutissants de la situation. Mais il est frustrant, en plus de l'interruption apparente de l'élan suscité par l'arrivée de Gatti, de constater que le National semble pour partie impuissant à se transcender comme il a souvent pu le faire face aux chefs les plus prestigieux.

Sous ce rapport, ce concert a confirmé les inquiétudes sans, heureusement, aggraver le constat. Au moins pouvait-on se rassurer quant à l'aura dont semble toujours jouir Sir Colin, dans la mesure où celui obtient toujours des musiciens une concentration et une application supérieure à ce ce qu'ils ont pris la triste habitude de montrer depuis plus d'un an. On se dit néanmoins qu'il valait mieux jouer Beethoven cette année et Berlioz il y a deux ans. Lors de ce très beau Béatrice et Bénédict donné en 2009, Davis avait obtenu du National un gain en précision en même temps qu'un affinement général des textures absolument admirable, parvenant à latiniser une phalange dont l'imaginaire sonore est depuis des années essentiellement germanique. Qu'il ait voulu récidiver ou non dans ce programme, l'orchestre n'aurait de toute façon pas suivi cette fois-là.
Ce qui reste à l'ONF pour se défendre, son fond de commerce ou son parachute, c'est la compacité et, dans les meilleurs soirs, l'impact en énergie de son quintette. Davis, qui a toujours défendu un style plus compact que racé dans Beethoven, s'en accomode fort bien et ne cherche pas, selon toute vraisemblance, à alléger ou galber une base sonore qui a de toute façon perdu autant en ductilité et en faculté d'adaptation que le Philhar n'en a gagné. Sa direction dans le concerto en sol est conforme à l'image traditionnaliste et un soupçon prudente que ses divers enregistrements ont toujours véhiculée : globalement lente, imposante mais bien évidemment sans la moindre complaisance. Il faut bien avouer que, indépendamment d'une qualité instrumentale forcément déficitaire comparée à celles du LSO ou de l'orchestre de Covent Garden, le propos exhibe moins ici sa fraicheur que dans Mendelssohn et a fortiori Mozart.

Nicholas Angelich ne m'est jamais apparu comme un beethovenien de premier plan, et de manière générale, ses dernières prestations concertantes à Paris m'ont presque toujours déçu. Heureusement, pour ce partenariat de prestige, il se présente plutôt sous son meilleur jour, et se montre plus en prise avec les enjeux de discours du 4e qu'il n'y parvient d'ordinaire dans le 5e. Son piano est ici loin d'être d'une distinction constante, et à vrai dire, la constance est précisément ce qui fait le plus défaut ici, que ce soit en regard de la domination des traits (dans le rondo en particulier, ou la main gauche passe bien des doubles au forceps) ou du contrôle dynamique, aléatoire dès l'exposé soliste. Tout cela n'est guère engageant, sauf que l'on a entendu tellement pire - certes, on aussi entendu les meilleurs Barenboim et Lupu dans ce concerto, mais aux défis impossibles nul n'est tenu.
On finit donc pas s'habituer à une gestion du mètre trop aléatoire pour que sa liberté soit crédible, mais qui compte-tenu de la densité harmonique assez appréciable et d'une conviction certaine ne posent pas de problème majeur de continuité - en-dehors de cadences jouées sans ligne, sans direction. Avec un National se prêtant d'assez bonne grâce à ce Beethoven finalement très masurien, robuste mais pas mou, l'ensemble produit une impression de brut de décoffrage qui, de façon assez surprenante, n'est pas désagréable dans ce concerto. Peut-être parce que celui-ci est trop souvent sabordé par un pseudo-raffinement scolaire ? Au moins ici, avec toutes les imperfections possibles, ne nous projette-t-on pas une image artificiellement retouchée de Beethoven "lumineux", "solaire", et autres représentations toutes faites. Non, de la gravité sans pathos du I, au tempo con assez peu de moto, mais sans alanguissement du II, à la quasi méditation pastorale du III, on suit cette lecture plutôt sombre, dont l'humilité a le mérite de ne pas se surjouer.

On franchit heureusement un petit cap supplémentaire en niveau instrumental comme en engagement général avec la Messe en ut. Un avant-goût tout à fait correct du Requiem de Mozart et surtout de la Missa Solemnis qu'il donnera la saison prochaine avec le LSO, et que l'on espère inoubliable. Un peu comme le Fidelio de Masur récemment, on part de façon incertaine pour se hisser petit à petit vers quelques certitudes, au détail près que l'orchestre se montre ici un peu plus fiable dès le départ - accessoirement, Nemtanu paraît plus concernée ici que dans le concerto, où elle était apparemment plus intéressée par l'observation du jeu d'Angelich.

La fin de cet article s'est perdue après publication, dans les limbes de la journée de maintenance Blogger du 12/05. Sa page en cache ayant totalement disparu du web pour le moment, je ne peux... qu'attendre. Si cela s'avère inutile, je réécrirai... un résumé.
Théo Bélaud
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